Faînes

Comment ne pas associer l’automne aux belles balades dans la hêtraie et à l’abondance des faînes. A vrai dire, la quantité de faines est variable d’une année à l’autre et il semblerait que 2020 soit une bonne année en la matière. Comme quoi, il y a des bonnes nouvelles! Ours, sangliers, cervidés, rongeurs et diverses oiseaux s’en donnent à cœur joie, ils se font du gras pour l’hiver.

Ces fruits secs sont d’ailleurs tout à fait consommables pour les humains également et furent récoltés durant des siècles. Savourez-les grillés pour l’apéro, vous m’en direz des nouvelles! leur goût est comparable à celui de la châtaigne, à celui de la noisette ou du pignon de pin. A déguster avec modération, vous l’avez compris, mais pas seulement pour leur aspect calorique : Leur forte teneur en tanins rend la faine toxique en cas de consommation excessive.

Après nous avoir offert le spectacle de ses splendides couleurs lumineuses, le hêtre rentré dans un demi-sommeil a encore donc beaucoup à nous offrir. Son fruit hérissé et dur, donc peu commode aux premiers abords, renferme deux véritables douceurs. A maturation, la cupule s’ouvrira d’elle-même et projettera sur le sol deux petits cônes d’un joli brun : la tendresse du fruit est là. Il n’y a plus qu’à partir marcher dans les épais tapis de feuilles de hêtres, de pister, et de se pencher pour ramasser. Attention, dernière opération importante avant de manger: Débarrasser la faine de son enveloppe rigide.

Finalement, la récolte de ces petits fruits, leur épluchage fastidieux, leur préparation en bouillie ou la récupération de l’huile ne sont pas une mince affaire. C’est peut être ce qui explique l’abandon progressif de la consommation de la faine, sauf durant les périodes de disette.

Précisons que la faine est un fruit très répandu dans notre pays car le hêtre est une des principales essences dominantes de nos forêts. Que ce soit par gourmandise ou par simple curiosité, ça vous dit une bonne rando dans la hêtraie?

La nature de chez nous

Les effets du confinement se font sentir : Après une absence que vous aurez certainement jugée trop prolongée, la pigiste de Randocarline est de retour . Les randonnées en montagne sont suspendues, le temps des articles est revenu.

Rester chez soi est la consigne, alors voici une nouvelle occasion d’explorer, ce chez soi. Certes, chez vous, chez nous ou chez moi ne sont pas les mêmes « chez soi ». Mais il existe de nombreux points communs entre la nature de la montagne et celle de la plaine , celle du littoral, celle des parcs, peut être même celle de votre jardin.

Alors parlons de « la nature de chez nous » et penchons nous aujourd’hui sur cet arbre rencontré aujourd’hui et représenté sur la colonne de droite. Un drôle d’arbre à priori mais à y regarder de plus près, nous avons ici deux végétaux : Le premier est le moins visible puisque de lui, il ne reste qu’un tronc mort (un sapin pectiné, décimé par la tempête).

La deuxième plante est une opportuniste qui a trouvé en le premier un excellent tuteur : Le lierre, que l’on aurait tendance à classer dans les parasites, mais à tort. Il suffit de constater que la plante a un système racinaire bien à elle et que son emprise sur les troncs est plus relâchée qu’elle n’y parait en premier lieu.

Une des grandes caractéristiques du lierre est sa production de fruits décalée dans le temps. Comme nous le pouvons le voir ci-contre, c’est actuellement la pleine floraison , bien appréciée des abeilles d’ailleurs. Les fruits, d’un noir bleuté seront prêts en début d’hiver et deviendront les gourmandises de multiples oiseaux . Mais ne vous y aventurez pas, ces baies sont tout aussi infectes que le miel de lierre pour le palais humain. C’est d’ailleurs un fruit toxique pour la majorité des mammifères.

A bientôt pour un prochain moment de nature !

Les nuages sont photogéniques

Les nuages sont photogéniques, un nouvel argument pour vous faire aimer la montagne par tous les temps. Ils inventent toujours de nouvelles formes et apportent du relief au paysage. Certes, direz-vous, le relief en montagne, ce n’est pas ce qui manque. Mais lorsqu’il s’agit de photo, les brumes permettent de mieux souligner les crêtes, les arêtes, les cuvettes, les vallons. Après un petit stage-photo au début de cet été où j’ai eu le plaisir de participer en tant accompagnatrice montagne et simple observatrice, j’aurai au moins retenu ce point : Place aux nuages! On parle ici de bancs de nuages venant lécher les crêtes, de mers de nuages, de jolis rouleaux blancs comme on peut souvent le voir au fil de la frontière sur laquelle ils se désagrègent , de filaments dans le ciel ou de cumulus, ces fameux « nuages de beau temps » qui savent prendre les formes les plus originales. Ils laissent alors aller votre imagination : Ici, vous discernez un renard, un ours, une citadelle, un dragon, un troupeau de moutons ou plein d’autres choses encore.

Les nuages sont photogéniques car ils captent merveilleusement la lumière dont ils savent en décliner les nuances. Ils amènent de beaux contrastes et font ressortir les sujets se détachant du paysage.

Les nuages sont photogéniques, mais pas seulement : Par temps de forte chaleur, quand ils deviennent prometteurs d’une ondée rafraîchissante pour les plantes , les bêtes et les hommes, ils sont tous simplement géniaux. Au cours de juillet et août derniers globalement très chauds, nous les avons souvent remerciés.

Les nuages sont photogéniques, c’est aujourd’hui notre fil conducteur pour évoquer en images quelques instants pèle-mêle de notre été de randonnées, entre juin et avant-hier (fabuleux lever du soleil). Toutes ces fantaisies du ciel , moins fréquentes que d’habitude, ont un peu manqué dans le ciel d’été 2020. Il fallait donc les photographier.

Retrouvailles

En dépit des restrictions que nous avons connues ces derniers temps, la randonnée dans les Pyrénées, c’est une valeur que bon nombre d’entre vous n’ont pas perdue. Bien au contraire! Retrouver l’ambiance de la montagne sauvage, surprendre à nouveau des animaux sauvages, marcher parmi les fleurs, se fasciner devant l’immensité des paysages, respirer : Voilà bien des choses que l’on ne peut pas abandonner comme ça et qui , pendant le confinement, ont été la lumière que l’on aperçoit au bout du tunnel. C’est bien, nous n’en avons pas raté la sortie. Oh que non, belles retrouvailles!

Tous ces séjours de juin ont été vécu avec d’autant plus d’entrain et d’enthousiasme encore que d’habitude. La réglementation en vigueur ne nous a pas permis de cheminer comme prévu dans les Pyrénées espagnoles. Peu importe, nous avons changé de montagnes et nous sommes évadés sur le versant français. Des pensées amicales aux inscrits que le travail où les soucis de santé ont cependant retenus : vous nous avez manqué, mais on compte sur vous l’année prochaine.

C’était donc tant pis pour l’Espagne, mais ce fût tant mieux pour les superbes montagnes du Louron, de la Vallée d’Aspe et du Luchonnais. Malgré quelques menaces orageuses finalement peu gênantes, des moments de grande fraîcheur peu ordinaires pour la période, des rares moments de pluie, la liberté retrouvée eut un goût particulièrement doux, quiconque pourra se l’imaginer. Chacun avait amené son soleil. Je vous ai retrouvés, vous mes amis de montagne de plus ou moins longue date, et c’était déjà le premier des bonheurs. Belles retrouvailles. Merci d’être venus, phrase bateau peut-être mais pourtant dite ici dans son sens profond. Votre fidélité, notre amitié mutuelle me sont précieuses.

Tout va bien dans nos montagnes

Vous avez été nombreux à demander de mes nouvelles en cette période tourmentée, je vous en remercie, j’y ai été très sensible. Tout va bien dans nos montagnes. Les inconditionnels de la montagne, en particulier ceux qui sont inscrits pour juin 2020, se posent bien évidemment des questions sur les séjours que nous avons prévus ensemble . Le fait que ces prochains circuits randonnées soient tous programmés depuis longtemps dans les Pyrénées espagnoles nous amène des incertitudes supplémentaires. Aux questions de circulation sur le territoire, d’ouvertures des hôtels, des restaurants, des refuges, s’ajoutent celles des prochaines directives espagnoles et de l’ouverture de la frontière (Espagne, tu nous manques!).

Sachez que nous attendons impatiemment les très prochaines communications officielles pour vous apporter des réponses claires et vous proposer de toute façon de belles alternatives. Les séjours de fin mars et de mai ont été reportés mais ceux de juin semblent pouvoir se faire. Les semaines qui ne seraient pas possibles dans les Pyrénées espagnoles pourraient être réadaptées en séjours dans les Pyrénées françaises, très vastes aussi et particulièrement belles cette année en cette fin de printemps. Tout va bien dans nos montagnes et histoire à suivre donc.

Pratiquer la montagne, c’est développer son sens de l’adaptation, nous continuerons donc à le mettre en pratique.

En attendant, je compte sur vous pour entretenir votre forme physique à votre façon . Rappelez vous qu’à présent, si vous habitez dans ou tout près des Pyrénées centrales, un programme de randos à la journée vous attend. Le weekend de Pentecôte arrive , honorez donc ce nom et pour une reprise, on abordera les pentes et les côtes tranquillement. Tout ira bien .

La rando, c’est reparti!

Vous n’avez certainement pas encore bien profité des beautés du printemps. Heureusement, nous sommes à J-3 , la rando en montagne est bientôt là.

Alors ne perdons pas de temps, un programme rando pour la semaine prochaine vous attend. Et la suite du programme viendra.

En attendant, acceptez ces modestes fleurs « cueillies » parmi beaucoup d’autres dans ce qui redeviendra bientôt notre jardin de montagne.

La rando, c’est reparti!

En attendant de vous revoir bientôt, des pensées pour vous

Chasse à la limace

Il n’est pas toujours nécessaire de s’éloigner  loin de chez soi pour observer la nature,  celle-ci s’exprimant dès qu’elle le peut,  là où elle le peut. Dans votre jardin ou jardinet, dans le premier espace vert de votre quartier, peut-être même  dans une jardinière de votre balcon, il est fort probable que vous puissiez partir à la chasse à la limace. Un jeu sagace…

Un peu d’herbe et de l’humidité  sont pour la limace deux conditions sinequanone. Entendez herbe au sens large car les jardiniers vous le diront, la limace est ravageuse de nombreux tissus végétaux, de champignons, de racines et même de déchets animaux. Sans eau ou humidité, elle ne peut  produire de mucus et, par conséquent,  ne peut se déplacer.  Par temps sec, elle se confine alors  dans le sol patiemment, dans l’indifférence  totale des directives  d’Emmanuel et Edouard.  Ce qu’elle attend, c’est le retour des pluies ou une nuit fraîche et humide. C’est un moment idéal pour vous,  même en plein confinement : Partez à la  sportive chasse à la  limace et sans faire la grimace…

Cette sortie nocturne, à priori moins captivante  que celle de la recherche de vers luisants,  du pistage du  dahu, du cerf en plein brame ou du blaireau  peut pourtant s’avérer très intéressante. Vous surprendrez certainement notre grande loche dans différentes positions : Toute ronde à faire le gros dos, tête en haut ou  en bas à même un mur, en spirale lors de ses ébats amoureux  ou en plein étirement puisqu’elle peut atteindre  ainsi  20 cm. Ou bien vous la verrez grossir à vue d’œil  si elle sort d’une longue disette. Elle peut en effet  dans ce cas  ingérer jusqu’à l’équivalent de la moitié de son poids en une seule nuit. A moins qu’elle ne croise le crapaud, la taupe; le blaireau, la musaraigne; le hérisson…  La liste des prédateurs est longue  mais la chasse à la limace n’est pas forcément aussi facile qu’on ne le pense. En cas d’agression, notre animal déjà visqueux par nature produit un surplus de mucus. La voici devenue si gluante qu’elle regagne des chances d’échapper à son  prédateur maladroit. Perspicace, notre limace!

ATELIER SLACKLINE

En plaine, vous connaissez la limace rouge, à vrai dire le plus souvent orangée ou  marron/orangée. En montagne, nous la connaissons noire, sous l’effet du  « mélanisme montagnard » qui vise une  meilleure absorption des rayons calorifiques solaires et de s’échauffer plus vite . Rappelons que ce gastéropode (et tous les autres gastéropodes) est une espèce dite à sang froid  ou poïkilotherme  : Sa température corporelle étant tributaire du milieu ambiant, mieux vaut faire des réserves de chaleur qui seront bien utiles quand il fera un peu frisquet. Car Arion Rufus (c’est le petit nom latin de notre animal) n’a pas peur de monter à + de 2000m d’altitude. Si je vous dis que la limace noire effectue entre 2 et 3m de distance par jour, je vous imagine  déjà en train d’imaginer les randonnées interminables de la petite bête. Si partant de Loudenvielle, elle décide de se rendre au lac de Caillaouas, le printemps et l’été ou même son existence entière (18 mois grand  maximum) ne lui suffiront pas. Alors point  de Caillaouas pour notre limace?

C’est sans dire que l’incubation des œufs peut se dérouler à partir de  5°C (bien qu’ à cette température, cela dure 3 mois) et que l’éclosion peut donc se faire à 2000 m. Précisons cependant que l’animal devient peu fréquent à ces altitudes tandis qu’il est très commun dans nos jardins.  Partez donc  à l’inoffensive  chasse à la  limace !

Les chemins verts

Après les chemins noirs et les chemins blancs, comment ne pas titrer ce nouvel article « les chemins verts ». Facile. Trilogie oblige mais pas seulement. Car à  vrai dire, rien de plus à propos en ce tout début de printemps que de vous montrer les chemins verts et rien de plus opportun  en cette période d’inquiétude que de vous parler d’espoir. Le vert, symbole d’espérance, nous mène vers la saison radieuse. Il est associé à la générosité de la nature, au retour des feuilles et de l’abondance végétale. Viennent en même temps les  fleurs qui donneront plus tard des fruits,  puis des graines. Le vert est la couleur de l’éternel recommencement, c’est le début d’un cycle plein de vie.

Alors pour moi,  car j’ai cette chance, pas question de perdre  mon heure verte autorisée par jour. Et c’est comme ci ce court temps de sortie autorisé en cette période de confinement prenait  une  saveur exacerbée. Les chemins verts sont devenus le cadeau quotidien. A quelques centaines de mètres  de la maison , on découvre et redécouvre des trésors aussi fabuleux que  les odeurs printanières, les lumières filtrées par les feuillages naissants, les cascades en pleine euphorie, les  premières fleurs de sous bois, le réveil des fourmis. Chaque jour, c’est un nouveau spectacle.

A défaut de pouvoir partager avec vous ces promenades sur les  chemins verts de façon plus concrète, je vous fais parvenir de délicieuses senteurs de la terre quand tombe la pluie, ainsi que celle des premiers champignons.  Laissez-vous aussi bercer par le gazouillis des passereaux ou  le roucoulement de la tourterelle :  Oui, la voici revenue par ici, tout comme le rouge-queue noir  qui continuera à remonter vers les cimes tout au long du printemps.  Je vous transmets le bonjour du grand cerf qui se prépare à tomber ses bois et de  l’ensemble des animaux de moyenne montagne ayant repris leurs aises. Le silence de la vallée et le confinement  des humains intra-muros a élargi leurs domaines habituels ; La place ne leur manque pas et l’herbe non plus.

Que ce petit article puisse  amener un peu de verdure à vous qui n’avez  pas accès aux chemins verts et qui en avez grand envie. Tenez bon, on pense à vous.

 

Les chemins blancs

En écho à l’article précédent penchons nous aujourd’hui sur les chemins blancs. En particulier sur ceux de la Cerdagne . Ce sont ceux là qui ont clôturé la saison d’hiver (avortée par la force des choses) de Randocarline.

Et vous pouvez le croire, il s’agissait bien de chemins blancs. La neige encore largement présente sur les Pyrénées orientales à la mi-mars nous a permis de vivre un bon petit séjour raquettes où cette pratique va tout simplement de soi en hiver : Des terrains doux, un épais manteau neigeux, des bassins lacustres très ouverts parfois boisés et souvent très panoramiques.

Les chemins blancs, ce sont ceux que nous nous sommes faits dans la neige, ceux que nous décidons, ceux qui impriment  nos caprices de passer de ce côté d’un lac glacé plutôt que l’autre, de vagabonder d’un vallon à un autre encore plus beau, de s’enfoncer dans la forêt de pins à crochets au hasard de nos envies. Les chemins blancs , ce sont  ceux qui attestent  les allers et venus des chevreuils, des mouflons, des écureuils,  des cerfs et des isards ayant erré dans ces mêmes lieux quelques heures avant nous. Nous avons même aperçu ces animaux.

Les chemins blancs ne sont pas seulement ceux qui nous ont menés dans  les somptueux paysages des plateaux d’altitude cerdans et qui nous ont fait découvrir de magnifiques massifs montagneux, ce sont aussi ceux qui restent imprimés dans nos esprits. Ce sont ceux qui nous restent là, dans nos cœurs, dans notre vie, dans nos rêves éveillés. Ils  laissent après eux de jolis sillons de bonheur.

Merci à Philippe qui a su capter quelques uns de ces moments et qui nous transmet les photos suivantes. Merci à vous, participants à ce séjour qui avez apprécié les chemins blancs de Cerdagne. Et que tous ceux qui vivent actuellement difficilement le confinement auquel nous devons tous nous résigner pensent et repensent au bonheur simple que les hivers enneigés nous redonneront un de ces jours futurs.

Les chemins noirs

Les chemins noirs n’ont pas à voir avec le manque de neige. Actuellement au contraire, nos chemins déneigés ont osé depuis quelques temps leurs premières fleurs et s’égayent au fur et à mesure des jours. Bravant février et le retour du froid possible, hépatiques potentilles érythrones tussilages et gentianes printanières sont déjà là.

Les chemins noirs, c’est tout autre chose. C’est  l’expression de Sylvain Tesson désignant les chemins anciens et oubliés de notre pays, ceux que la modernité avec ses routes, ses autoroutes, ses ronds points, ses voies ferrées, ses couloirs aériens, ses villes tentaculaires, ceux donc que la modernité et son mode de vie a amputé et abandonné. Les chemins noirs , c’est ainsi le titre du récit de son épopée piétonne sur une diagonale Sud-Est/Nord-Ouest de la France*. Tout en suivant les vestiges d’une ruralité ancienne, l’auteur les confronte au monde d’aujourd’hui. Il rencontre, il commente, il ironise, il philosophe, il se joue des contrastes. La marche invite à la pensée. Et nous, parcourant avec l’auteur les chemins noirs, nous nous y perdons aussi, dans ses pensées et dans les nôtres. Nous avons envie de vivre aussi cette anti-course contre le temps. Marcher juste pour être là au moment où nous y sommes,  pour mieux ressentir l’épaisseur du temps, pour voir ou surprendre ce qui se présente sur les chemins noirs au moment où nous y passons, pour prendre du recul sur notre époque et sur nous-mêmes.

En montagne dans les Pyrénées, nous aussi avons  nos chemins noirs : Les chemins qui reliaient les villages, ceux  qui menaient  aux champs,  aux prairies, aux estives, aux mines, à la forêt, aux lieux sacrés. Ceux qui basculent d’une estive à une autre, d’une mine à une autre. d’un côté à l’autre de la frontière. Il en est de ceux-là que nous retrouvons un jour par hasard ou à force de recherches et dont nous nous plaisons à détecter le cheminement. C’est captivant. Souvent, ils « se perdent »; car depuis longtemps ils ne sont plus utiles, ne correspondant plus à notre organisation d’aujourd’hui. Toujours, ils nous plongent dans une époque révolue et nous imaginons le temps où ils étaient méticuleusement entretenus, empierrés et très fréquentés. On comprend alors à quel point la montagne grouillait de bergers, de vachers, d’animaux domestiques, d’enfants, d’adultes, de marchands, de contrebandiers, de marcheurs libres. Tous à pied!Les chemins noirs

Si je vous parle aujourd’hui des chemins noirs, ce n’est pas seulement parce que je viens d’achever la lecture agréable du livre déjà cité et veux  la  partager avec vous . C’est  aussi pour vous inviter au voyage sur ces itinéraires  encore présents dans nos montagnes. Contrairement à l’appellation de Sylvain Tesson peut faire penser,ils  nous offrent de beaux moments de bonheur et de liberté.

  • « Sur les chemins noirs » Sylvain TESSON, éd Folio